Les voleurs de vélos : les Verts et « l’électromobilité »

Nécrotechnologies.

par TomJo & Pièces et main d’œuvre.

L’association Alternatiba et l’ADTC (Association pour le développement des transports en commun) appellent à une « convergence à vélo » de toute la cuvette grenobloise, le 25 septembre 2021, pour « développer les alternatives » et « promouvoir les déplacements à vélo ». Gageons qu’Eric Piolle « le maire à vélo » roulera au milieu du peloton, lui « qui a développé la pratique cyclable dans sa ville mais aussi plus largement sur le territoire » . Pendant ce temps les salariés de Métrovélo, le service de location de vélos – 9000 vélos musculaires – sous-traité à Cycleo, une filiale de Vinci, font grève depuis le 7 septembre. « C’est même pas pour nos salaires, » nous dit un jeune gars touffu à boucle d’oreille, croisé au local de Métrovélo, en face de la gare, « c’est pour les gens, pour avoir les moyens de bien faire le boulot. » Et comme on évoque les vélos électriques – électro-nucléaires – le petit gars s’empresse d’ajouter « mais là, je suis complètement d’accord avec vous, msieur, ma mère a manifesté à Creys-Malville, en 1977, contre Superphénix, elle m’a raconté, chuis sensible à ça, c’est un vrai problème ! »
Ce qui est un problème pour le petit gars est une solution pour Éric Piolle, l’ingénieur Vert de Grenoble et pour ses pareils, technocrates.

Le vélo électrique est le symbole d’un double retournement technologiste : celui du vieux biclou, et celui de l’écologie. Cinquante ans après les premières manifs à vélo contre le tout-bagnole, la ministre de l’environnement Barbara Pompili, une Verte de Picardie, nous assure en effet qu’acheter un vélo électro-nucléaire, c’est « choisir l’écologie ». Ainsi Porsche choisit l’écologie en commercialisant un vélo à batterie lithium-uranium à 7 000 €. Ou comment faire de la bicyclette un engin de luxe, high tech, qui bousille la planète. Une tromperie que les industriels des années 70 n’auraient pas rêvé de voir propagée par les écologistes eux-mêmes.

Lire le texte intégral :

Lire aussi :

« E.shoe : les bienfaits de la marche à assistance électrique », 2021
« Retour à Grenopolis. Tout ce que nous cachent les élections municipales », 2020
« Et si on revenait à la bougie ? Le noir bilan de la « Houille blanche » », 2019
« Le compteur Linky, objet pédagogique pour une leçon politique. Pour un inventaire des ravages de l’électrification », 2016

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Le Lot emmerdé

Nécrotechnologies.

par Des amis du Lot.

Des amis du Lot – qui sont un peu les nôtres également – nous envoient d’excrémentielles nouvelles du pays. C’est à prendre au pied de la lettre.
Un ras de merde submerge le Quercy, souille les eaux et les sols, non sans conséquence sur la croissance des taux de cancer. La faute à la méthanisation, un procédé de haute scatologie mis au point par des scientifiques (recherche fondamentale), développé par des ingénieurs (recherche appliquée), et implémenté sous forme d’usine bio par une entreprise locale. Outre du gaz, la méthanisation produit du digestat, qui est à la machine ce que la bouse est à la vache, ainsi que des flatulences toxiques, perceptibles à 2 km à la ronde. C’est volontairement que ce digestat, un concentré de poisons et de métaux lourds, est tartiné dans les champs pour les « engraisser ».

Implacablement, la technocratie smartienne et hors-sol, pour ne pas dire extra-terrestre, poursuit ses « plans d’aménagement du territoire », vide les campagnes de leurs habitants, et les dévaste de leurs « ressources » pour alimenter leurs villes-machines. Ces ravages et pillages ayant évidemment lieu au nom des « énergies renouvelables » et de la « transition écologique », c’est-à-dire technologique. Tous les pays sont frappés, disent nos amis du Lot, qui donnent des exemples, mais non pas tous du même fléau. Aujourd’hui, la méthanisation dans le Quercy.

E.shoe : les bienfaits de la marche à assistance électrique

Nécrotechnologies.

par Tom 2.0.

Avec les restrictions causées par l’épidémie de Covid, cet été les Français ont plébiscité le tourisme local et redécouvert la marche à pied. Mais cet engouement pour la balade s’explique aussi par la démocratisation des chaussures à assistance électrique. Elles permettent d’autant plus facilement de remettre en état de marche ceux dont le confinement a aggravé la sédentarité que l’État vient d’installer 6 000 bornes de recharge le long des chemins de randonnée. Exemple sur le plateau du Vercors, où l’on a constaté combien l’électro-mobilité est aussi bonne pour la santé que pour la planète.

Jean-Pierre, ingénieur à la retraite, est tout heureux d’exhiber ses « mollets d’acier ». Son fils Pascal, lui aussi ingénieur et récemment converti à la randonnée, lui a offert pour son anniversaire une paire d’E-malaya, le dernier modèle de Chaussures à assistance électrique (CAE) commercialisé par Décatout. « Jusqu’alors le prix était prohibitif, mais dès que j’ai entendu dire qu’il y avait des aides pour acheter ces chaussures, j’ai sauté sur l’occasion ! » Entre 2 000 et 6 000 € la paire, le marché de la CAE peinait à faire des adeptes. Mais grâce au volet « Nouvelles mobilités électriques » du Plan « France Relance », l’État peut financer jusqu’à 80 % de l’achat d’une paire d’e-shoes, notamment pour ceux qui ont une ordonnance médicale.

« Sans ces chaussures, je ne serais jamais monté sur le plateau profiter du Grand Veymont, souffle Jean-Pierre. J’ai un problème au cœur, j’ai fumé deux paquets par jour pendant trente ans, et je suis en surpoids. Alors les chaussures électriques, pour moi, c’est la solution. » Des études récentes ont démontré qu’après quatre à cinq mois de marche électrique, les utilisateurs de CAE voient leurs capacités respiratoires améliorées. L’équipe du professeur Jean-Luc Revol, médecin et chercheur au CHU de Grenoble, accompagne des personnes en situation de maladie pour les remettre en état de marche grâce aux CAE « Les personnes touchées par un cancer, fatiguées par le confinement, déconditionnées physiquement, sont parvenues au sommet d’un col de 1300 mètres », souligne le professeur Revol. Les CAE permettent « d’adapter les balades à chaque personne » et de « parcourir en famille de plus grandes distances même si les conditions physiques sont différentes. » Le très sérieux International Journal of Physical Activity rapporte avoir gagné en moyenne trois points de M.E.T. (équivalent métabolique) chez des personnes atteintes d’obésité après six mois de marche électriquement assistée.

Lever les freins à la chaussure électrique française

On se souvient de Barbara Pompili et d’Agnès Pannier-Runacher, respectivement ministres de l’environnement et de l’industrie, empruntant le 30 mai 2021 les premiers kilomètres du chemin de Compostelle équipées de leurs e-shoes : « C’est la preuve que l’écosystème France, quand il se met en ordre de marche, est capable de gagner ! », se réjouissaient alors les deux ministres. L’aventure de la CAE française était en effet bien mal partie. Le marché de l’e-shoe était jusqu’alors largement dominé par la Chine, qui a investi depuis longtemps dans la mobilité électrique, et les Allemands de Volkswagen, passés aux mobilités alternatives depuis le scandale du « Dieselgate ». La filière française est issue d’un partenariat entre la Délégation générale à l’armement, qui a ouvert ses connaissances sur les exosquelettes (ces prothèses destinées aux militaires), et les équipes R&D de Décatout, Salomon et Orange cybersecurité.

Mais produire français ne fait pas tout. Encore faut-il que la demande soit au rendez-vous. Et pour cela, il a fallu lever les principaux freins, le coût d’achat et l’autonomie électrique. Une paire d’e-shoes pèse entre douze et vingt-cinq kilos, qu’il faut porter à la seule force des mollets dès que les batteries au lithium sont déchargées. Et elles se déchargent vite. Les plus autonomes – qui sont aussi les plus lourdes – ont aujourd’hui six heures d’autonomie, soit environ trente kilomètres. C’est pourquoi les services de l’État se sont empressés d’installer au printemps des bornes de recharge le long des principaux chemins de Grande Randonnée (GR). On en rencontre aujourd’hui 6 000 sur le territoire : le long du fameux GR 20 qui traverse la Corse, d’un bout à l’autre de la partie française du Chemin de Saint-Jacques, et jusqu’au sommet du Grand Veymont, sur le Vercors, où nous avons croisé Jean-Pierre et Pascal, frais et fringants auprès d’une harde de bouquetins récemment réintroduits.

L’autre technologie bleu-blanc-rouge développée pour la marche à assistance électrique est la montre connectée aux chaussures. En plus de récolter les données de santé, la montre guide vos chaussures sur le réseau de bornes de recharge, vous propose les tracés les plus efficients selon la charge des batteries, et vous renseigne en temps réel sur l’affluence des chemins les plus prisés, comme la montée du Mont Blanc, pour suggérer des chemins alternatifs. Après la ville, la montagne se couvre elle aussi d’une couche d’intelligence.

La chaussure qui fait respirer la planète

« On ne peut pas atteindre les objectifs climat de l’accord de Paris et améliorer la qualité de l’air sans la mobilité électrique », nous déclare Ludovine Santi, secrétaire générale de l’Association nationale pour le développement de la mobilité électrique. C’est pourquoi la France investit dans les nouvelles mobilités afin d’atteindre la neutralité carbone d’ici 2050. Avec la voiture et le vélo électriques, la chaussure électrique devient un élément de politique de déplacements. « Il ne faut pas de trous dans la raquette des mobilités, continue Mme Santi, chacun doit trouver le mode de déplacement respectueux de l’environnement qui correspond à ses usages et ses capacités. Et la chaussure électrique doit prendre sa part. » En ville par exemple, pour se rendre sur son lieu de travail, la chaussure électrique peut représenter une alternative au véhicule thermique.

Mais la synergie écolo de l’e-shoe va plus loin. Ses bornes de recharge sont non seulement alimentées par un panneau solaire, mais elles stockent l’énergie dans des batteries de voitures ou de vélos électriques reconditionnées, et donc recyclées. « La démarche d’éco-responsabilité doit s’intégrer du début à la fin du process, et jusqu’à la fin de vie des composants, souligne l’ingénieur à l’ADEME Olivier Pentax, qui connaît les critiques sur le recyclage des batteries. Aujourd’hui, nous avons la technologie, nous avons les acteurs, rien ne peut plus freiner le développement de la CAE » Ajoutons que nous aurons sûrement, quand Jean-Pierre et Pascal seront redescendus du Vercors, des marcheurs conquis qui sauront promouvoir une technologie locale et respectueuse de l’environnement. Que demander de mieux ?

De TOM 2.0, notre solution de journalisme automatisé dans le Vercorsland
30 août 2021

Les exigences des choses plutôt que les intentions des hommes

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par Nicolas Casaux.

Nicolas Casaux, animateur du Partage, un site où l’on peut lire parfois certains de nos textes, vient de publier un article intitulé Les exigences des choses plutôt que les intentions des hommes. Si nous le reprenons ici, ce n’est pas pour faire des renvois de politesses entre anti-industriels, mais parce que ce texte résume de façon limpide ce qui nous oppose aux industrialistes (libéraux ou communistes).

A partir de l’article d’Engels, De l’autorité, que nous avons maintes fois cité et mis en circulation Nicolas Casaux reprend une série d’auteurs, Rousseau, Orwell, Sachs, Mumford, et d’extraits, qui démontrent tous en quelques lignes :

 que la production industrielle de services et d’objets de consommation (coton, chemins de fer, mixeurs, voitures, ordinateurs, avions, etc.) est une opération si complexe et dangereuse (nucléaire, chimie, etc.), impliquant tellement de tâches, de matériaux, de personnels et de sites divers, qu’elle ne peut se faire que de façon planifiée, organisée, centralisée et dirigée ;

 que toute production industrielle d’un objet artisanal – un panier, un pot, un couteau – implique le passage d’une société de petits producteurs autonomes au système hétéronome industriel le plus autoritaire qui soit. Ce qui suffirait à clore toutes les divagations sur une prétendue « neutralité » de la technologie (« tout dépend de ce qu’on en fait »), si les industrialistes avaient un minimum de bon sens et d’honnêteté intellectuelle ;

 que plus ces technologies deviennent puissantes ; plus les sociétés qui les développent – et les subissent – se massifient et se mondialisent ; plus les règles qui régissent toute vie en société doivent se durcir et le despotisme technocratique remplacer la démocratie directe (tribale, villageoise, urbaine) ;

 que par une boucle ou « rétroaction » négative, cette société industrielle concentrée et massifiée, ne peut que produire toutes sortes de maux dont la pandémie de Covid-19 est ces jours-ci l’exemple le plus éclatant ; que la fuite en avant techno-industrielle pour produire des remèdes à ces maux ne peut qu’en provoquer de nouveaux et de pires, nous enfermant ainsi dans un cercle vicieux jusqu’à la catastrophe.

Quant aux anti-industriels (écologistes radicaux, luddites, naturiens, décroissants), ils n’ont jamais breveté le seul et véritable remède à toutes nos maladies de civilisation que ni les Etats, ni les entreprises, ni les partis, ni les masses de consommateurs n’ont jamais essayé de leur voler – et pour cause. Renoncer aux choses et à leurs exigences ne rapporterait rien à personne qu’un peu de répit et de liberté. Merci à Nicolas Casaux de l’avoir rappelé.

Entretien avec Resistenze al Nanomondo

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par Pièces et main d’oeuvre.

Voici un entretien réalisé en mai 2021 avec Resistenze al Nanomondo, et publié en juillet dans le n° 9 de L’Urlo della Terra (4€, 40 p.), leur revue estivale qui contient également des échanges avec des anti-industriels espagnols et grecs, et des articles sur l’artificialisation de l’espèce humaine et de sa reproduction (voir www.resistenzealnanomondo.org – contact : urlodellaterra(at)inventati.org)

Les amis de Resistenze al Nanomondo, nous en avons entendu parler bien avant de les rencontrer, il y a des lustres de cela (un lustre = 5 ans), alors que nous faisions nous-mêmes campagne contre Minatec et son nanomonde (voir ici) et que de jeunes Italiens avaient tenté de saboter le centre IBM de Zürich, écopant de plusieurs années de prison pour leur peine.

C’est un entretien par mail, assez général, un pêle-mêle d’histoire contemporaine du combat anti-industriel, d’actualité récente et d’événements en cours (Linky, 5G, cybernétique, Covid-19, reproduction artificielle de l’humain, manifestations pour le climat, technologistes “verts”, etc.) Le genre de conversation à bâtons rompus, un peu décousue, que l’on a autour d’une table et d’un café. Mais il n’y avait ni table, ni café, et il n’y a pas de raison de tenir à l’écart le lecteur de rencontre, éventuellement intéressé.

Franchement, on a eu autant de mal qu’eux à traduire leurs questions en français. Quand on se retrouve pour de vrai, autour d’une table et d’un café, on parle un sabir d’italien-français-espagnol-portugais (bref, du latin), et on se comprend très bien, quitte à faire des gestes, des mimiques et à interjeter quelques mots de globish, puisque la langue dominante de notre temps est celle de la technocratie américanisée (bref, de l’anglo-saxon dégradé). Par mail, il y avait de quoi s’arracher les cheveux, d’autant que dans la quinzaine de questions, il y en avait d’assez longues et hirsutes. On pense y être à peu près arrivés grâce au Larousse de poche Français/Italien & Italiano/Francese. A vous de voir. Et si vous voulez vérifier, Resistenze al Nanomondo publiera début septembre, sur son site, sa propre version (italienne) de nos échanges.

Allons-nous continuer la recherche ?

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par Alexandre Grothendieck

La « crise » sanitaire (celle du Covid-19) ramène une fois de plus à l’esprit une question et un questionneur que la corporation scientifique s’efforce d’ignorer, d’éliminer et d’enfouir depuis un demi-siècle. Le questionneur est pourtant un scientifique lui-même, mathématicien de génie reconnu comme tel par ses pairs, et son questionnement est on ne peut plus scientifique : « Pourquoi faisons-nous de la recherche scientifique ? A quoi sert socialement la recherche scientifique ? Allons-nous continuer à faire de la recherche scientifique ? »

Résumons Alexandre Grothendieck (1928-2014) au plus bref, afin de lui laisser la parole.
Son père Sacha Shapiro (1889-1942), issu d’une famille juive hassidim d’Ukraine, fut un combattant libertaire contre l’autocratie tsariste, la dictature bolchevique et le fascisme franquiste, avant d’être interné au Vernet et à Drancy par la police française, puis assassiné par les nazis, en 1942, à Auschwitz.
Sa mère, Johanna Grothendieck (1900-1957), de famille allemande et protestante, était également anarchiste, comédienne et journaliste de profession, avant de se réfugier en France et d’enchaîner les travaux de femme de ménage et d’ouvrière agricole.
Séparé de ses parents entre mai 1933 et mai 1939, apatride jusqu’en 1971, Grothendieck a été de ces enfants réfugiés durant la guerre au Chambon-sur-Lignon, avant de suivre ses études à Montpellier. Lui-même père de cinq enfants, nés de trois femmes différentes, il obtient en 1966, à 38 ans, la médaille Fields, « le prix Nobel des mathématiciens » qu’il refuse d’aller chercher en URSS. Ses voyages au Vietnam et à Prague, puis le mouvement de mai 68, réveillent une révolte provisoirement assoupie dans la science. Il quitte l’Institut des Hautes Etudes Scientifiques en 1970, et fonde avec d’autres mathématiciens, Pierre Samuel, Denis Guedj, Claude Chevalley, etc. le groupe et la revue Survivre & Vivre, afin de critiquer la science réellement existante, l’institution scientifique, et leurs effets sur le monde. Il est alors un compagnon de lutte de Pierre Fournier (voir ici) (1937-1973), l’organisateur de la première grande manifestation antinucléaire en France, celle du Bugey (01), en juillet 1971, et fondateur de La Gueule ouverte en novembre 1972.

Grothendieck ne se borne pas à critiquer la science au service du capital ou de l’armée. La « mauvaise science », la « science sans conscience », qu’il faudrait « encadrer » de règles, de lois, de comités d’« éthique » et de « conférences citoyennes » afin de la maintenir au service du « bien commun » et de l’humanité. Il sait que la science est toujours duale (civile ET militaire) dans ses applications, et ne peut être autrement. Que nulle considération « éthique » ne l’arrête durablement. Qu’elle n’est au service de rien d’autre que de la volonté de puissance des scientifiques et de la classe techno-industrielle. Qu’elle fournit les moyens de la guerre au vivant, indifféremment, à toutes les puissances étatiques, économiques, politiques, sociales, idéologiques qui y ont recours. Ce qui nous ramène à la « crise » sanitaire et aux origines du virus du Covid-19.
Une chose est sûre : qu’il soit « augmenté » ou non, qu’il ait fuit ou non d’un laboratoire ou qu’il soit passé d’une chauve-souris à l’homme via un intermédiaire anonyme, le SRAS-CoV-2, comme la plupart des virus émergents, provient d’abord de contacts avec des animaux, par la chasse, l’élevage, la destruction des forêts et des milieux naturels. Des contacts intensifiés depuis deux siècles de révolution scientifique et industrielle. D’où la conviction de Grothendieck ; il n’y a pas d’issue à l’intérieur de la société industrielle ; et la question posée à ses pairs, et au-delà de ses pairs à ses congénères : allons-nous continuer la recherche ?
Ou bien : le temps perdu pour la recherche est-il gagné pour l’humanité et le vivant ?
C’était de son point de vue, en 1971, la seule question pertinente et urgente. Celle qu’il posa en vain à ses collègues de l’Institut des Hautes Etudes Scientifiques, aux auditoires de ses conférences, à ses amis de Survivre & Vivre, n’obtenant en retour que du silence, du déni, des esquives et des oppositions.

Après avoir quitté la recherche et l’Institut des Hautes Etudes Scientifiques, Grothendieck quitta le militantisme et Survivre & Vivre. Il devint professeur à Montpellier, en 1973, jusqu’à sa retraite en 1988. Il refusa encore le prix Crawford, une autre distinction prestigieuse, pour l’ensemble de son œuvre. En 1990, il se retira à Lasserre, un village des Pyrénées où il vécut en ermite jusqu’à sa mort, en 2014.

La pandémie de Covid est une occasion aussi bonne que l’embrasement climatique, l’accident de Fukushima et tant d’autres « retombées de la science » d’interpeller les adeptes de la « bonne science », de la science « citoyenne », de la science « avec conscience », de la bonne conscience : allons-nous continuer la recherche ?

Pour lire le texte d’A. Grothendieck :


Lire aussi :

 Un virus d’origine scientifreak ?
 Leurs virus, nos morts

Un été 70

Faits divers.

par GM.

On se retrouve l’autre jour à une quarantaine dans une grande maison d’Ardèche, afin de parler en totale mixité de l’état du monde et d’échanger des idées de remèdes (ou de soins palliatifs). Des jeunes lycéens, des vieux profs, deux Belges, deux Noires, un Suisse, des hommes, des femmes, un chien, etc. Ça n’aurait pas plu à la police sanitaire, ni aux sections intersectionnelles ; il n’y avait ni gestes barrières, ni espaces séparés pour les minorités. On n’y a même pas fait attention. On était trop soulagés de parler, manger et faire de la musique ensemble, à l’abri des commissaires aux bonnes mœurs sanitaires et sociales. Ce n’est qu’en y songeant après coup, que l’on se rend compte des risques encourus et de la portée transgressive de cette réunion.

Enfin, c’est l’une de ces innombrables rencontres estivales, comme il s’en tient depuis un demi-siècle, entre Amish, rabat-joie, obscurantistes, réactionnaires, Cassandre, prophètes de malheurs et autres oiseaux de mauvais augure. – Vous savez, tous ces boomers qui à la suite de Pierre Fournier ont commencé à marcher dans le désert en 1971, de Fessenheim au Bugey, du Bugey à Malville, et à crier que les temps étaient proches, que l’eau commençait à monter, qu’il fallait être plus clairvoyants, que… etc. Voyez La Gueule ouverte, « le journal qui annonce la fin du monde ». Il nous manquait bien sûr une péronnelle à tresses, apparue sur nos écrans, pour marcher en tête, conférer avec les présidents pleins de déférence, tancer les assemblées charmées et nous intimer l’ordre d’« écouter les scientifiques », au ravissement de ces derniers qui auraient pu craindre les accusations de l’humanité pour toutes « les retombées » de leurs recherches (1). On voit qu’avec de pareils enfants, la Terre et les « générations futures » s’entendront en effet comme flammes et foin.

On en parle avec un copain dont les enfants ont l’âge de ladite péronnelle. Et qu’en pensent-ils, eux ? Et qu’en pensais-tu, toi, à leur âge, voici 50 ans. – « Oh, bah moi… » Vous savez ce que c’est, un mot entraîne l’autre et en moins de deux le copain commence à raconter qu’il était à Wight en août 70. A Wight ? Le mythique festival de Wight ? Le Woodstock européen, un an après Woodstock, avec 6 ou 700 000 chevelus, sacs au dos ? Raconte ! – « Ouoh, bof… » Le copain n’est pas du genre à raconter sa vie, « ça n’intéressera personne ». – Si, si, nous ça nous intéresse. Et puis c’est l’été. On peut bien raconter en passant comment c’était en vrai le temps des boomers. Ces boomers insouciants, prodigues, irresponsables, si détestés des vertueuses Jeunesses Pour le Climat d’aujourd’hui, privées de futur par leur faute. Oh, les Jeunesses Pour le Climat ne se seraient jamais comporté de façon aussi égoïste que les Vieux Pour la Consommation, à se gaver de smartphones, d’ordis, de raves et de festivals techno… mais qu’est-ce que je raconte, moi.
Bref, le copain a finalement accepté de faire une petite rédac, « mon voyage au festival de Wight ». C’est assez banal et prosaïque. Assez drôle. Assez triste. Et complètement vrai. C’est une vie en un voyage. C’est passé vite.

***

NOTE :
(1) Cf. Grothendieck, Allons-nous continuer la recherche ? 27 janvier 1972

Lire « Un été 70 » :

Walt Whitman et les Amérindiens – Notre Bibliothèque Verte (n° 34 & 35)

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par Renaud Garcia

Nous savons que lorsque Whitman vient, les Indiens meurent. Ce n’est pas de sa faute – il célèbre les « Hommes rouges » qu’il rencontre en tant qu’agent du bureau des Affaires indiennes – mais c’est un peu de son fait en tant que rejeton des Dutch American, ces colons néerlandais débarqués quelques siècles plus tôt à Manhatta (devenu Manhattan), pour y bâtir La Nouvelle Amsterdam (devenue New York), et creuser ces magnifiques canaux reliant les Grands Lacs à la Côte (voir ici).

Whitman, pour le situer poétiquement, c’est le contemporain de Rimbaud (1854-1891) et de Verlaine (1844-1896). Il naît avant, en 1819, et meurt au même moment, en 1892. Dommage que ces trois bougres, luxuriants, luxurieux, bourlingueurs, ivrognes, naturiens, n’aient pas croisé leurs révoltes de vivants véhéments, ni leurs arts poétiques. Que Rimbaud, au lieu de s’engager dans l’armée néerlandaise à Java, ne soit pas venu échouer son bateau ivre à Paumanok (Long Island), pour voir de près ces « peaux rouges » qui l’avaient pris « pour cible ». Sans doute eût-ce été un « drôle de ménage », avec des coups de pétard plus ou moins sanglants entre Verlaine et Whitman, mais aussi de grandes odes dégueulées à pleins poumons, des chants du corps et de la terre dont les œuvres laissées par ces trois-là ne peuvent nous donner qu’un échantillon. Et le regret.

Nous avons en revanche le testament des Indiens. L’intérêt pour les biographies indigènes, nous dit Lévi-Strauss, remonte au début du XIXe siècle. L’ethnologue Clyde Kluckholn, en 1945, cite près de 200 titres (1). L’anthologie de T.C. McLuhan en 1971, Pieds nus sur la terre sacrée, fait de l’Indien, le type même du « bon sauvage » et le modèle de la génération venue alors à l’écologie, en lieu et place des Tahitiens de Gauguin, Bougainvillier et Diderot.
C’est dire qu’une fois de plus les hommes en proie à la culpabilité sacralisent ce qu’ils ont détruit (sacrifié), en l’occurrence le jardin terrestre et ses gardiens. Une fois de plus ils mythifient. Les « peaux rouges » ne furent jamais de meilleurs sauvages que les « visages pâles » – ni de pires. Leurs ancêtres n’ont pas moins détruit d’espèces animales que les nôtres. Ils n’ont pas mené moins de guerres entre eux et au vivant. Seules, l’absence d’archives écrites et la différence de puissance industrielle entre Européens et Amérindiens permettaient une idéalisation que les fouilles archéologiques démentent cruellement.
Restent les bons Indiens. Ceux-là qui tentèrent de vivre contre leurs temps et de détourner leurs frères des voies de l’Homme blanc, de l’alcool, de la pacotille, des armes à feu, des machines, des emplois dans l’armée et à la mission chrétienne – de même que les plus clairvoyants des indigènes d’Europe tentaient en vain de détourner leurs frères des « moulins sataniques » (W. Blake), et de « l’américanisme ». Tous ont échoué. Tous nous ont laissé des poèmes, des discours, des témoignages, qui nous empêchent aujourd’hui de « faire notre deuil ».

NOTE :
1) Cf. Claude Lévi-Strauss, préface à Soleil Hopi de Don C. Talayesva. Plon, coll. Terres humaines, 1959

Lire les notices :

Günther Anders et Hanna Arendt – Notre Bibliothèque Verte (n°32 & 33)

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par Renaud Garcia

Günther Anders (1902 – 1992) et Hannah Arendt (1906 – 1975) ont toutes les raisons d’entrer dans Notre Bibliothèque Verte et d’y entrer ensemble. Tous deux allemands, juifs, élèves rebelles de Heidegger, mari et femme (vite séparés), ont élaboré contre leur maître, une critique du techno-totalitarisme qui lui « doit tout à tous égards », comme le lui écrit Arendt (son ancienne amante), de façon mi-ironique, mi-véridique.
D’où le faux procès qui leur est fait, ainsi qu’à leurs lecteurs, d’être à leur insu ou non « heideggériens » (nazis, antisémites, réactionnaires, etc.). Si l’on cédait une fois de plus à notre déplorable goût de la blague, on dirait qu’on nous cherche là une querelle d’Allemands , mais ce serait prêter le flanc et le bâton pour nous battre sans fin sous prétexte de germanophobie.
Vous êtes végétarien ? Vous aimez la vie dans les bois ? Vous êtes donc hitlérien puisque Hitler était végétarien et que les nazis ont protégé la forêt allemande. Au temps pour Thoreau et Reclus.
Vous souscrivez aux thèses de Arendt sur la condition de l’homme moderne ? Vous voilà donc antisémite et nazi, à votre insu ou non, puisque Arendt les a élaborées à partir des réflexions d’Heidegger, antisémite et nazi, sur le dispositif technicien et la volonté de puissance moderne.
C’est pourtant Heidegger lui-même qui, dans un entretien télévisé, avait tenu à « récuser le malentendu selon lequel il serait contre la technique » (entendue comme auto-accroissement du système technicien). Et pour cause, le penseur de la honte prométhéenne – ce Prométhée dont Heidegger ne dit mot, ayant sans doute égaré son dictionnaire d’étymologie – ce n’est pas lui, mais Anders.

Arendt et Anders se sont retrouvés, de manière purement intellectuelle cette fois, autour de la figure d’Eichmann, le rouage fonctionnel et réjoui de la Machine d’extermination. Arendt publie Eichmann à Jérusalem. Rapport sur la banalité du mal, en 1963. Et Anders, en 1964, Nous, fils d’Eichmann, deux lettres adressées à l’un des fils biologiques, et non métaphoriques, d’Adolf Eichmann. Cette « banalité du mal » désigne l’absence de pensée qui est en effet la chose du monde la mieux partagée. A quoi bon penser puisque nous sommes les machins d’une Machine bionique intelligente, qui, grâce aux big data et aux algorithmes, le fait tellement mieux que nous. La Mère Machine totale et inclusive qui intègre le vivant et le non-vivant sur un pied d’égalité, au-delà de ces dualismes binaires qui font tant souffrir les ennemis de toute discrimination.
Quant à ceux qui persistent à discriminer entre bêtise et pensée, suiveurs et chercheurs, masses et personnes, ils trouveront dans Anders et Arendt de quoi stimuler leurs défenses mentales.

Origine du Sars-Cov2 : la vérité s’est-elle échappée du laboratoire ?

Nécrotechnologies.

par Pièces et main d’oeuvre.

La revue scientifique Science publie ce 13 mai 2021 une lettre d’une vingtaine de chercheurs américains, réclamant une enquête sur les origines du Sars-Cov-2. « Nous devons considérer sérieusement les deux hypothèses, celle de l’origine animale et celle de la fuite d’un laboratoire jusqu’à ce que nous ayons suffisamment de données », écrivent-ils. De son côté, le rédacteur en chef explique : « Le but de notre rubrique Science’s Insights est d’offrir aux scientifiques le meilleur espace de discussion sur la science. Aussi, vu l’importance du sujet, l’ampleur de l’expertise et les qualifications éminentes des auteurs, la décision de publier leur lettre était facile. »

Quel intéressant moment. Il n’est pas donné tous les jours d’assister à d’aussi impudents retournements de vestes, à en attraper des torticolis. (…)