Le rêve transhumaniste de Renan (en attendant la conférence du 11 janvier à Grenoble)

Découvrons le rêve de Renan, écrivain, philosophe et historien (1823-1892), idole et idéologue de la Troisième République (auteur entre autres du fameux Qu’est-ce qu’une nation) :

« L’humanité inférieure, dans une telle hypothèse, serait bientôt matée par l’évidence, et l’idée même de la révolte disparaîtrait. La vérité sera un jour la force. « Savoir, c’est pouvoir » est le plus beau mot qu’on ait dit. L’ignorant verra les effets et croira ; la théorie se vérifiera par ses applications. Une théorie d’où sortiront des machines terribles, domptant et subjuguant tout, prouvera sa vérité d’une façon irrécusable. Les forces de l’humanité seraient ainsi concentrées en un très petit nombre de mains, et deviendraient la propriété d’une ligue capable de disposer même de l’existence de la planète et de terroriser par cette menace le monde tout entier. Le jour, en effet, où quelques privilégiés de la raison possèderaient le moyen de détruire la planète, leur souveraineté serait créée ; ces privilégiés régneraient par la terreur absolue, puisqu’ils auraient en leurs mains l’existence de tous ; on peut presque dire qu’ils seraient dieux… » (E. Renan, Troisième dialogue philosophique, 1876)

« Une large application des découvertes de la physiologie et du principe de sélection pourrait amener la création d’une race supérieure, ayant son droit de gouverner, non seulement dans sa science, mais dans la supériorité même de son sang, de son cerveau et de ses nerfs. Ce seraient là des espèces de dieux ou de dévas, êtres décuples en valeur de ce que nous sommes, qui pourraient être viables dans des milieux artificiels. La nature ne fait rien que de viable dans les conditions générales (…) C’est à la science à prendre l’œuvre au point où la nature l’a laissée. (…) De même que l’humanité est sortie de l’animalité, ainsi la divinité sortirait de l’humanité. Il y aurait des êtres qui se serviraient de l’homme comme l’homme se sert des animaux. » (E. Renan, Troisième dialogue philosophique, 1876)

Cité dans Leurre et malheur du transhumanisme par Olivier Rey (Desclée de Brouwer, 2018).

Renan s’inscrit dans la lignée des penseurs et prophètes de “l’Homme supérieur”, de la Mésopotamie et de l’Ancien Testament aux transhumanistes contemporains qui, eux, disposent des moyens matériels et des machines pour faire advenir ce rêve qui est notre cauchemar.

Nous en débattrons, entre autres, le vendredi 11 janvier 2019 :

Conférence-débat : “Transhumanisme, voulons-nous devenir des hommes-machines ?”

Avec Olivier Rey, Pièces et main d’œuvre et Jo Briant.

Maison des Associations de Grenoble (6 rue Berthe-de-Boissieux)
Apéro et librairie dès 18h30
Conférence à 19h30

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Colloque international « Beyond Humanism Conference » à l’université catholique de Lille : « Posthumanisme critique et Transhumanisme : Vers un changement de paradigme du posthumain ? »

Ayant pris acte de l’avènement de l’homme-machine, l’université catholique de Lille disserte sur la distinction entre « transhumanisme » et « posthumanisme » afin de mieux nous inviter à choisir un « juste milieu ». Où se confirme que l’idéologie anthropophobe n’est pas incompatible avec le christianisme contemporain.

Lire à ce sujet : Ecrasons l’infâme. Le culte de la Mère machine et la matrice religieuse du transhumanisme.

***

Le 11ème Colloque international « Beyond Humanism Conference » organisé par l’université catholique de Lille du 9 au 12 juillet 2019 aura pour thème :

Posthumanisme critique et Transhumanisme : Vers un changement de paradigme du posthumain ?

Présentation

Le transhumanisme et le posthumanisme reçoivent en général des significations différentes dans la littérature, selon le contexte et l’arrière-plan culturel et disciplinaire des chercheurs qui se réfèrent à ces termes. Cette diversité est à la fois une richesse et une source d’incompréhension. La 11ème édition des « Beyond Humanism Conference » souhaite tout d’abord contribuer à la clarification des confusions possibles existant sur ces matières, et à l’intensification des débats entre transhumanistes, posthumanistes et courants de pensée alternatifs. En second lieu, le colloque permettra d’explorer l’hypothèse d’un « tournant » posthumaniste. Même s’il existe une grande variété de conceptions différentes du transhumanisme et du posthumanisme, de nombreux chercheurs soutiennent qu’elles partagent toutes en effet une préoccupation commune pour l’impact des nouvelles technologies sur l’humain et son environnement, et un regard critique vis-à-vis des traditions de pensée issues de l’humanisme. C’est cette communauté de vision que souligne l’idée d’un « tournant » posthumaniste.

Mais cette idée doit être interrogée : le transhumanisme et le posthumanisme sont-ils véritablement compatibles entre eux ? Un transhumanisme non anthropocentrique et post-humaniste est-il concevable ? Quels seraient la proposition et le contenu concrets d’une telle synthèse ? Indépendamment de cette visée, à quoi ressemblerait un transhumanisme ou un posthumanisme critique ? Au-delà de ces questions, se pose aussi celle des alternatives possibles aux paradigmes et aux visions du monde dans lesquels se situent le transhumanisme et le posthumanisme. Qu’il s’agisse de métahumanisme, d’hyperhumanisme, d’humanisme décentré ou d’humanisme renouvelé, etc., ces perspectives débordent les champs proprement dit du transhumanisme ou du posthumanisme, et s’appuient sur d’autres références. Face aux risques existentiels auxquels l’humanité est confrontée aujourd’hui, et aux conséquences de son action sur la nature (anthropocène), il convient d’explorer ces nouvelles façons qu’à l’humanité de chercher à se comprendre dans un monde particulièrement déstabilisé. Mais cette prolifération d’alternatives pour penser l’humain aujourd’hui doit être elle-même aussi interrogée. Des options radicalement différentes sont-elles vraiment envisageables ? Peuvent-elles réellement ouvrir un horizon différent, par rapport à l’humanisme classique, au transhumanisme ou au posthumanisme, pour penser notre situation présente et à venir ?

La dynamique propre de la quête artistique sera inévitablement convoquée sur ces questions, notamment pour sa capacité à pousser la pensée hors du sentier battu des habitudes cognitives et à l’ouvrir sur des horizons parfois inattendus. Les artistes sont donc vivement encouragés à proposer une intervention ou une réalisation artistique, quel que soit leur support créatif (danse, musique, dessin, sculpture, vidéo, etc.). La 11ème édition des Beyond Humanism Conference offre en ce sens une occasion unique pour croiser débat scientifique et innovation artistique.

Le colloque est enfin ouvert à un grand nombre d’interventions et de thématiques différentes dans les domaines social, économique, politique, scientifique, technique, éthique, religieux,… La diversité des sessions permettra d’étayer la façon dont le transhumanisme, le posthumanisme ou leurs alternatives se positionnent aujourd’hui par rapport aux questions de sociétés auxquelles nous sommes aujourd’hui confrontés.

Thématiques

Approches fondamentales/théoriques

Post-, trans-, méta-, hyper-, …humanisme(s)
Études post-(genre, coloniales, queer, etc.) et trans-, post-humanismes
Post-vérité et trans-, post-humanisme
Cultures trans-, post-humaines de l’accélération (ou son contraire)
Future studies, prospective et trans-, post-humanisme
Théologie, religions et trans-, post-humanisme
Contextes religieux du trans-, post-humanisme
Cultures et communautés non humaines (plantes, animaux, robots, choses, IA)
Sociologie du mouvement trans-, post-humaniste
Economie, travail et trans-, post-humanisme
Philosophie, éthique et trans-, post-humanisme
Éthique de la robotique et de l’intelligence artificielle
Ecologies de l’Anthropocène
Disability studies et trans-, post-humanisme
Imaginations contemporaines et trans-, post-humanisme
Critiques du trans-, post-humanisme
Féminisme et trans-, post-humanisme
Technophilie, technophobie, crise technologique
Philosophie de la technologie et trans-, post-humanisme
Science et trans-, post-humanisme
Économie et trans-, post-humanisme
Défense et trans-, post-humanisme
Identité personnelle et trans-, post-humanisme
Démocratie et trans-, post-humanisme
Littérature de science-fiction, Cinéma, séries TV, jeux vidéo et trans-, post-humanisme
Nouvelles altérités : robot, cyborg, prothèses, etc.

Approches appliquées/analyses des pratiques

Automatisation, langage et innovation culturelle
Nouvelle génération de prothèses, hybridation et subjectivation
Bioart, IA art et art robotique
Interactions agents humains/agents artificiels, IA naturelle/artificielle
Pratiques anthropotechniques et technologies d’augmentation
Défense, robotique et soldat augmenté
Éthique et véhicules automatisés
Éthique, conception et politiques des objets automatisés
Santé numérique, éducation thérapeutique et éthique des soins
Révolution numérique, droit à la vie privée et sécurité
Neuromarketing, liberté et éthique de l’attention
Éducation et nouvelles technologies
Pédagogie, culture et posthuman studies

Les Rencontres philosophiques d’Uriage invitent le transhumaniste Alim-Louis Benabid

Pour répondre à la question « Peut-on encore être humaniste ? », les Rencontres philosophiques d’Uriage invitaient ce 13 octobre 2018 le fondateur de Clinatec, Alim-Louis Benabid. Un scientifique qui met au point les outils du transhumanisme réel, au service de l’homme automachiné en quête de toute-puissance. Excellent choix. Nul mieux que le professeur Benabid n’incarne la figure du chercheur infatué (il espère le Nobel depuis tant d’années), dissimulant mal sa soif de puissance derrière une fausse modestie travaillée. Il en a fait à nouveau la preuve lors d’une conférence à la gloire de l’exosquelette testé ces temps-ci à Clinatec.

Extraits :

« Le transhumanisme et ce qui a été évoqué aujourd’hui, j’ai du mal à voir de quoi on parle. Donc je n’en parle pas. Moi je dis ce qu’on fait et comment on le fait. »

« A Clinatec, on est là pour faire de l’innovation. »

« A propos des pamphlets contre moi, on a dit que je voulais faire travailler des singes pour qu’ils votent pour Sarkozy » (sur ces bouffées délirantes, déjà apparues dans la presse, lire « Le professeur Benabid victime d’Alzheimer ? »)

« A l’avenir, on va intégrer de manière très forte l’intelligence artificielle à l’exosquelette. L’IA, ça inquiète, pourtant on en a dans nos smartphones et donc il n’y a pas de risque. Le seul risque, c’est si l’IA ne marche pas. »

« On travaille à mettre les tétraplégiques dans l’exosquelette sur un Segway (ces engins roulants à 2 roues parallèles). Je n’ai pas besoin de demander l’autorisation au gouvernement pour ça, mais je vais aller voir M. Piolle et lui dire : « Vous serez le premier maire à autoriser un tétraplégique avec un exosquelette à se promener dans la rue sur un Segway ». »

Pour la réinsertion professionnelle des tétraplégiques, on pourrait les mettre avec l’exosquelette sur les mini-pelles pour les travaux et le jardinage. Ils peuvent commander ça avec notre interface cerveau-machine.

Ecoutons Benabid lui-même (enregistrement à écouter ici)

Quelques Chimpanzés du futur avaient en préambule distribué le tract ci-dessous à l’assemblée de 200 personnes. A la fin de la conférence, les organisateurs annonçant qu’il n’y aurait « pas de débat » (rappelons qu’il s’agissait des Rencontres Philosophiques d’Uriage), les Chimpanzés tentèrent de faire entendre leurs objections, sous les huées d’une partie du public et les encouragements d’une autre partie, indignée de cette absence de discussion. Le professeur Benabid quant à lui, planait sur son cloud comme si le bas-monde ne le concernait pas. Ce qui est exact.

Lire le tract : Benabid Uriage 2018

Formation sur l’homme augmenté pour les profs de l’académie de Lyon

Le plan de formation des personnels de l’académie de Lyon propose, en février 2019, un module sur l’homme augmenté (voir ci-dessous). Afin d’acclimater leurs élèves à leur avenir de cybernanthropes, les enseignants en sciences sont invités à mettre à jour leurs connaissances, avec la complicité de l’Ecole normale supérieure de Lyon.

 

Dispositif : 18A0100716 IDI – FORMASCIENCES L HOMME AUGMENTÉ

Type de candidature : AVEC CANDIDATURE INDIVIDUELLE
Theme : SCIENCES PHYSIQUES ET CHIMIQUES FONDAMENTALES APPL
Contenu : Découvrir et comprendre le couplage entre l’humain et les innovations technologiques : corps humain, santé, activité physique, assistance, capteurs, détecteurs, chaine de mesure, matériaux, objets connectés, relation science-société, bioéthique, ;
Priorité : Aucune des priorités nationales actuelles
Modalités : PRESENTIEL
Public-cible : FONCTION D’ENSEIGNEMENT. 60 enseignants dont 30 en physique-chimie et 30 en sciences de la Vie et de la Terre / collège et lycée / académie de Lyon
Durée en heures : 6
Nombre de places prévues par groupe : 15

Sessions :

Date de début : 14/02/2019 à 09:00
Date de fin : 14/02/2019 à 17:00
Nombre d’heures : 6
Etablissement : ENS LY ECOLE NORMALE SUP LYON 15 PARVIS RENE DESCARTES 69342 LYON CEDEX

Rencontres philosophiques d’Uriage 2018 : « Peut-on encore être humaniste ? »

Du 12 au 14 octobre 2018, les Rencontres philosophiques d’Uriage  (38) invitent, entre autres, le neurochirurgien officieusement transhumaniste Alim-Louis Benabid et l’essayiste cyborgolâtre Thierry Hoquet pour débattre « avec pondération » de l’avenir de l’humanisme.

Extrait du programme :

« Au-delà des passions qui opposent frontalement – et idéologiquement – les «technophiles » aux « technophobes », il s’agit d’examiner avec pondération les différentes formes de transhumanismes pour évaluer leur projet, en particulier l’«augmentation » de la durée de vie et des performances physiques/techniques via les technologies de pointe et la « convergence NBIC », avec les enjeux socio-politiques et moraux qui accompagnent cette entreprise, dans la mesure où elle paraît considérer la finitude comme la marque d’une insuffisance et non comme la caractéristique propre de notre humanité. » (http://www.rencontres-philosophiques-uriage.fr/)

Les pondéreux qui radotent cette pseudo-binarité « technophiles/technophobes » depuis la contestation des OGM et des nanotechnologies n’ont pas avancé d’un pas dans leur examen depuis 20 ans. Il est vrai que ces universitaires ne sont pas « idéologiques », eux. Tout leur emploi – littéralement – est de parler pour ne rien dire et de suspendre ainsi indéfiniment tout jugement tranché de leur public. Jusqu’au moment bien sûr où le fait accompli aura rendu le débat caduc. Ainsi va la « sagesse » au temps de l’innovation triomphante.

 

Un tétraplégique pilote un exosquelette avec son cerveau

Le Monde du 21 mai 2018 nous donne des nouvelles de Clinatec et des progrès de l’homme-machine. Pour la première fois, un tétraplégique équipé d’un implant neuro-électronique pilote un exosquelette « par la pensée ».
C’est ce genre de trouvailles qui a valu à Alim-Louis Benabid le Breakthrought Prize 2015, (3 millions de dollars) remis par les patrons transhumanistes de la Silicon Valley.

Un tétraplégique pilote un exosquelette avec son cerveau

A Grenoble, des chercheurs ont implanté une puce dans la tête d’une personne paralysée des quatre membres afin qu’elle commande une armure mécanique par la pensée.

Equipé de 14 moteurs électriques, l’exosquelette roule et déroule des câbles métalliques qui mettent les articulations en mouvement.
Prisonniers de leur tête, les tétraplégiques ont perdu toute prise sur le monde physique. Ils peuvent bien sûr le percevoir, mais sont condamnés à l’immobilité, hormis pour les quelques muscles de leur visage et de leur cou qui réagissent encore.

Pourtant, quand ils s’imaginent marcher, lever un bras ou plier les doigts, comme avant la rupture de leur moelle épinière, les mêmes signaux électriques enflamment leur cortex moteur. « Leur cerveau parle, mais personne n’écoute », remarque le neurochirurgien Alim-Louis Benabid.

Avec le projet BCI (pour Brain Computer Interface), l’équipe du professeur Benabid prend avantage de cette activité cérébrale qui n’arrive pas à quitter l’esprit des tétraplégiques. Les chercheurs ont développé un dispositif la traduisant en commandes pour un exosquelette, une sorte d’enveloppe mécanique dans laquelle la personne handicapée est embarquée. Ainsi, ses bras et ses jambes sortent de la torpeur, son système vasculaire s’active, et elle retrouve enfin un peu de liberté de mouvement. Le système est testé depuis un an avec un tétraplégique et l’équipe soumettra bientôt ses résultats à une revue scientifique.

Un dispositif « bras-jambes » inédit

Le professeur Benabid mène ce projet chez Clinatec, un centre de recherche biomédicale rattaché au Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives (CEA), au CHU de Grenoble-Alpes, à l’Inserm et à l’université Grenoble-Alpes. Là-bas, au cœur du polygone scientifique du chef-lieu de l’Isère, on s’efforce de développer des technologies médicales qui aident les patients par d’autres voies que la médication.

Sur le marché, on trouve déjà des exosquelettes pour les paraplégiques contrôlés par l’inclinaison du buste ou grâce à une manette. D’ailleurs, la distribution du premier appareil du genre en France (ReWalk) vient tout juste de débuter. Toutefois, le projet d’un exosquelette « bras et jambes » dirigé par la pensée est d’une tout autre ampleur.

Contrairement aux casques d’électroencéphalographie utilisés par des chercheurs suisses et américains dans des projets semblables, les implants ne bougent pas et assurent une mesure fidèle de l’activité cérébrale.
Ouvrant les portes de son laboratoire, le professeur Benabid – qui est par ailleurs un pionnier de la stimulation cérébrale profonde, employée notamment contre la maladie de Parkinson – demeure toutefois avare de détails tant que les résultats ne seront pas publiés. S’il refuse notamment de présenter les prouesses du patient aux médias, il peine néanmoins à contenir son enthousiasme. « On a avancé beaucoup plus rapidement que je ne croyais, confie-t-il. Honnêtement, je pensais qu’il nous faudrait des années pour en arriver là. »

L’équipe française n’est pas la première à établir un pont entre le cerveau et l’exosquelette, mais aucun autre groupe de recherche n’avait encore tenté l’expérience avec un implant placé directement au contact de l’encéphale. Ce choix, très invasif, comporte en contrepartie d’importants avantages. Contrairement aux casques d’électroencéphalographie (EEG) utilisés par des chercheurs suisses et américains dans des projets semblables, les implants ne bougent absolument pas et assurent une mesure fidèle de l’activité cérébrale. De plus, le signal n’est pas atténué par le crâne, ce qui améliore la lecture.

Les ingénieurs, mathématiciens, médecins, informaticiens et roboticiens de Clinatec ont développé eux-mêmes un capteur EEG implantable directement sur la dure-mère, l’enveloppe fibreuse du cerveau. D’un diamètre de 5 cm et d’une épaisseur de 12 mm, la puce est insérée dans une ouverture ronde de même diamètre pratiquée dans le crâne. On replace ensuite la peau sur l’implant.

« Algorithme adaptatif »

Après l’opération, aucun câble ne traverse le cuir chevelu : la puce transmet les données qu’elle récolte grâce à une antenne et se recharge en électricité par induction magnétique à travers la peau. Un casque sur la tête du patient assure la connexion et l’alimentation de l’implant. En conservant l’intégrité de la peau, la méthode minimise aussi les risques d’infection pour le patient.

Tenant la puce au creux de sa main, Guillaume Charvet paraît fier du travail accompli. L’ingénieur explique comment l’information recueillie par les soixante-quatre électrodes ultrasensibles est analysée en moins de 350 millisecondes par un ordinateur intégré à l’exosquelette. « Nous utilisons un algorithme adaptatif. Lors d’une phase de calibration, le patient doit effectuer une série de tâches définies. Grâce à l’apprentissage profond, le programme associe l’activité cérébrale à chacun de ses mouvements. Par la suite, l’algorithme peut reconnaître n’importe quel mouvement. »

Au rez-de-chaussée de Clinatec, on retrouve le massif exosquelette. D’un blanc étincelant, ses quatre membres artificiels sont munis de courroies afin de maintenir le passager en place. L’armure de 60 kg supporte son propre poids en plus de celui de l’utilisateur. Les membres supérieurs de l’exosquelette pivotent selon quatre axes, tandis que les membres inférieurs disposent de trois degrés de liberté. La démarche de l’exosquelette, encore claudicante, devrait s’améliorer dans le futur, tout comme son équilibre. Pour l’instant, des câbles au plafond préviennent les chutes.

L’exosquelette est équipé de quatorze moteurs électriques qui roulent et déroulent des câbles métalliques afin de mettre les articulations en mouvement. Ce mécanisme, développé par le CEA, découle d’une expérience de plusieurs décennies dans la robotique, d’abord entreprise pour la manipulation de matériel radioactif. L’exosquelette de Clinatec est l’œuvre du CEA List, un laboratoire qui est consacré aux systèmes numériques intelligents et est basé à Saclay (Essonne).

Une implication cruciale du sujet

Le 21 juin 2017, le professeur Benabid implantait deux puces (une de chaque côté de la tête) chez un premier sujet. Peu de temps après, le tétraplégique faisait ses premiers pas. « Je me sens comme Armstrong la première fois qu’il a mis le pied sur la Lune », aurait-il déclaré. Depuis lors, ce premier cobaye s’entraîne avec zèle afin d’apprivoiser la machine. Il vient cinq jours par mois à la clinique et enfile l’exosquelette pendant deux heures.

Après la séance d’entraînement, il est exténué, explique Stéphane Pezzani, cadre de santé du secteur sujet-patient chez Clinatec. Ce dernier travaille de près avec le sujet et souligne son implication cruciale dans la recherche. « Il voit son rôle comme celui d’un partenaire ; c’est devenu son métier », note-t-il.

En plus de ses visites à Grenoble, le sujet s’entraîne aussi à la maison. Des informaticiens du centre ont conçu un jeu vidéo spécialement pour lui. Grâce à ses pensées, il dirige un avatar dans un environnement virtuel, exactement de la même manière qu’il pilote l’exosquelette à la clinique.

Clinatec dispose actuellement d’une autorisation pour implanter les puces chez cinq sujets afin de montrer que la procédure est sans danger. Jusqu’à maintenant, deux personnes ont subi l’opération. Cependant, l’implantation a connu des problèmes chez un patient, et ses puces ont été retirées. Trois autres tétraplégiques devraient passer sous le bistouri dans les prochains mois.

Dans le futur, l’équipe espère procéder à des tests chez un plus grand nombre de personnes. Toutefois, le professeur Benabid refuse catégoriquement de réduire le temps d’accès à la machine du premier sujet. Quand on redonne un espoir d’indépendance à quelqu’un, on ne le reprend pas, croit-il.