Les animaux dénaturés

Peut-être avez-vous lu la fable de Vercors publié en 1952, Les animaux dénaturés. Des anthropologues ont découvert le chaînon manquant entre le singe et l’homme : le « Paranthropus », ou « tropi ». Pour contraindre un tribunal à décider s’il s’agit davantage d’hommes que d’animaux, l’un des anthropologues tue le fils qu’il a conçu avec une femelle tropie.

Cependant que nous, aoûtiens, paressons dans nos transats, les généticiens sont en passe d’actualiser cette fable : le Japon vient d’autoriser la production d’embryons chimériques d’animaux-humains à des fins d’expérimentation. (…)

Lire la suite : Animaux dénaturés

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Le Japon autorise la création d’embryons hybrides humains-animaux

D’après cet article de la revue Nature, le 30 juillet 2019 le Japon a donné l’autorisation à un chercheur de créer des embryons hybrides d’animaux-humains. L’objectif est de créer des embryons de rats et de souris (puis de cochons) contenant des cellules souches humaines et de les implanter dans l’utérus de femelles animales.

Jusqu’ici, le Japon imposait la destruction de ces chimères après 14 jours. Les chercheurs vont désormais pouvoir les développer, afin de produire des organes implantables à des humains en attente de greffe.

Aux Etats-Unis, des chercheurs ont fabriqué un embryon d’homme-mouton en 2018, détruit après 28 jours. La France interdit ce genre de pratique, jusqu’à une prochaine révision des lois de bioéthique, bien sûr.

Japan approves first human-animal embryo experiments

Cédric Villani à Grenoble : l’intelligence artificielle de La République en Marche

Il fallait Cédric Villani à la Maison du Tourisme pour tirer de chez eux des Grenoblois écrasés par 39° de canicule, ce jeudi 27 juin 2019. La réunion, intitulée « Intelligence artificielle et transition écologique : paradoxe ou opportunité ? », était organisée par deux députés locaux de La République en Marche, Emilie Chalas et Olivier Véran. Ambiance de fan club, smartphones à bout de bras, rires et applaudissements à chaque allusion politicienne, bruyante réprobation de toute critique. Nous n’étions pourtant que trois Chimpanzés du futur à contester le mathématicien député Villani, président de l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques (OPECST) et auteur d’un rapport sur la stratégie nationale en intelligence artificielle « pour repositionner la France et l’Europe au premier plan de ces transformations et en saisir les opportunités ».

(…)

Pour lire la suite, ouvrir le document : Villani à Grenoble

Question à ceux qui veulent une « loi sur la PMA »

Puissance Plume nous a envoyé ses réflexions sur la reproduction artificielle et le vote prochain des nouvelles « lois de bioéthique ».

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La « loi sur la bioéthique » devrait être présentée en Conseil des Ministres avant l’été, puis devant l’assemblée « multinationales » pendant les vacances en juillet [1]. Aux promoteurs de cette loi, qu’est-ce que vous allez faire, personnellement, pour empêcher  l’avènement de cette société transhumaniste à qui – sans le vouloir peut-être – vous faites la courte échelle ?

Cette loi vise à débloquer des finances pour favoriser des « recherches sur l’embryon et les cellules souches embryonnaires », des « examens génétiques et médecine génomique », des « dons et transplantations d’organes », des « neurosciences », des « données de santé », de « l’intelligence artificielle et robotisation », de la « Santé et environnement », des innovations sur le thème « Procréation et société », et enfin de « l’accompagnement de fin de vie ». Tout ceci est expliqué dans le rapport rendu par le Comité consultatif national d’éthique (CCNE) en septembre 2018 [2].

On ne parle que de la PMA [3] dans les journaux. Expliqué dans le chapitre « Procréation et société » du rapport du CCNE, il s’agirait d’étendre cette technique actuellement réservée aux couples hétérosexuels infertiles à toutes les femmes célibataires ou en couple.
C’est en vrai un nouveau marché qui s’ouvre aux entreprises diverses : banques de sperme, banques d’ovules, techniques de dépistage et de manipulation génétique, techniques de big data, techniques de manipulation d’embryons humains, etc.

Avec cette loi, utiliser la technique PMA deviendrait non plus un ultime recours quand on a tout essayé, mais un véritable choix de vie, qui tend à se rationaliser, s’enrichir, se décliner à l’infini, se banaliser, comme on choisit un appartement, un salon, un fond d’écran de smartphone. J’exagère ?

C’est exactement comme le téléphone portable. Ce gadget nous a été présenté il y a vingt cinq ans pour sauver des vies en montagnes, pour aider des gens atteint de handicap. Derrière cet écran de bons sentiments, loin des médias, Motorola, Alcatel, Orange, Nokia, Ericsson, Apple développaient les techniques de manipulation des cerveaux pour rendre ces objets absolument indispensables à tout adolescent, tout salarié, tout citoyen connecté 2.0 à sa Matrice. C’est fait : nul adolescent ne peut plus être socialisé sans ce gadget dans la main ; et bientôt nul ne pourra plus circuler sans sa puce unique et identifiable par tous les services de Police interconnectés.

De même avec la PMA : la loi vise à favoriser les « professionnels » selon leurs attentes [4], tout en gardant un œil sur l’éthique. OK. Mais pour qu’une entreprise vive, il lui faut un marché. Pour qu’elle survive en milieu capitaliste, il lui faut même une croissance ! C’est pourquoi il ne pourra pas y avoir d’autre développement que par attirance personnelle, comme avec le téléphone portable : les entreprises et les services publics rivaliseront d’invention pour attirer de nouveaux clients à leurs techniques de procréation assistées. Chacun ira de sa petite touche de personnalisation. Petit à petit. L’État, la science et le capitalisme travaillent ensemble, de concert [5].

Pas mal de gens accordent du crédit à ma perception de cette société de consommation détestable, dont la trajectoire est transhumaniste. Mais ils objectent que si l’on autorise la PMA aux couples hétérosexuels infertiles, alors il faut l’autoriser aux autres gens en difficulté.

Je comprend bien qu’il y a des gens dont la trajectoire n’est pas la mienne ; moi je suis hétérosexuel ayant eu des enfants naturellement. Il y a des gens qui ont besoin de déconstruire les codes sexistes de cette société, certains changent de sexe par choix. Je n’ai pas à me faire juge : je les accepte sans contrepartie. Si ces gens veulent avoir des bébés avec des techniques artificielles par choix, pourquoi pas ? Mais qui va payer cette envie de transgresser les lois de la nature par des high-tech ? Moi ?

Mon problème, c’est qu’à l’heure actuelle, telle que la situation se présente, avec les forces capitalistes en présence, avec l’expérience des autres phénomènes techno-libéraux totalitaires déjà implantés mondialement, je ne vois pas comment la société totalitaire transhumaniste pourrait être empêchée en prenant la voie tracée par cette «loi sur la bioéthique ». Regardons un peu dans le rétroviseur : maintenant qu’il est impossible pour un adolescent de vivre en société sans un gadget de téléphone portable, il est trop tard pour discuter la légalisation des antennes relais ; et pourtant elles posent un problème de santé publique majeur [6]. Alors tant qu’il est temps de discuter de la légalisation de la PMA comme un choix qu’on peut faire financer par les autres, alors j’en discute.

Toute notre société occidentale est conduite par l’envie de jouer à Dieu, l’envie de posséder la toute puissance. La procréation par technologies est à mes yeux la poursuite intégrale de cette société. Favoriser la banalisation de cette technologie c’est pour moi favoriser la trajectoire de cette société de consommation à outrance qui nie la qualité, le sensible, la diversité. Elle est un processus de mort, comme la bombe atomique, qui passe pourtant encore pour un acte libérateur dans les médias de masse !

Bref, nous sommes à un tournant. J’ai un choix à faire. Il n’est pas facile. Je dois affronter mes peurs, mes angoisses de me faire des ennemis haineux parmi la communauté LGBT. J’ai peur des réactions haineuses certes. Mais j’ai bien réfléchi. Je veux continuer à réfléchir. Si l’égalité de traitement (résumé dans le slogan « PMA pour toutes et tous ») devait être le dernier argument, alors je me déclarerais opposé à la PMA en général : plus personne n’est remboursé et on recause de cette technique une fois qu’on a démonté le système capitaliste qui s’oppose à la Vie sur terre.

Je pense que nous n’avons pas fini de nous demander comment l’extermination de masse avait pu se mettre en place dans l’Allemagne de 1939 [7]. Tous ceux qui administraient ce système ont répondu « j’ai obéi aux ordres ». Mais une seule personne tout en haut de la chaîne ne peut pas avoir à lui seul obtenu un tel résultat. C’est donc forcément des démissions individuelles en cascade qui en sont responsables. C’est pourquoi je demande à ceux qui veulent tout ce qu’il y a dans cette « loi sur la bioéthique » : si vous ne voulez pas cette société transhumaniste totalitaire [8], qu’est-ce que vous allez faire concrètement vous pour l’empêcher ?

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[1] Voir la communication gouvernementale du 8 mars Bioéthique et PMA : le projet de loi en Conseil des ministres « avant l’été » (Buzyn) confirmée le 16 mai PMA : Philippe confirme un projet de loi “avant les vacances d’été” qui faisait suite à celle du 4 mars Loi bioéthique : l’exécutif veut « prendre le temps »

[2] Voir le rapport rendu par le Comité consultatif national d’éthique (CCNE) en septembre 2018

[3] PMA : Procréation Médicalement Assistée ; auparavant AMP : Assistance Médicale à la Procréation.

[4] C’est documenté par le CCNE : par exemple les « professionnels » veulent un DPI (Diagnostic Pré-Implantatoire) c’est-à-dire qu’on leur payerait l’établissement de la liste des gènes des embryons, pour que les patients puissent choisir sur des critères rationnels et objectifs : éviter les maladie génétiques, puis ensuite il y aura la couleur des yeux, et puis le reste suivra, selon la rationalité du transhumanisme galopant.

[5] les auteurs là-dessus sont tellement nombreux… Je ne citerai que deux noms : Jacques Ellul et Bernard Charbonneau

[6] Voir les associations Robin des Toits et PRIARTEM

[7] Voir l’indispensable travail de Jean-Marc Royer dans « le monde comme projet Manhattan ».

[8] Sur ce thème, lire l’incontournable compilation des faits de PMO : « Manifeste des chimpanzés du futur »

 

Séparés du corps, des cerveaux de porcs sont maintenus en vie pendant plusieurs heures

Un article de la revue scientifique Nature du 18 avril 2019 (à lire ci-dessous) nous apprend que des scientifiques américains ont maintenu vivants durant plusieurs heures des cerveaux de porcs extraits de leur boîte crânienne. Des cathéters leur injectant une solution de conservation, qui fournissait l’oxygène et les nutriments nécessaires.

S’ils avaient été ceux du professeur Pearl dans la nouvelle de Roald Dahl William et Mary, ces cerveaux auraient pu continuer à lire le Times dans leur cuvette. Quelle merveilleuse perspective d’immortalité !

De quoi stimuler les chirurgiens Xiao-Ping Ren et Sergio Canavero, qui s’entraînent depuis des années à greffer des têtes (de rats, de singes ou d’humains morts) sur des corps (d’autres rats, singes et humains morts), avant, espèrent-ils, de greffer une tête sur un humain vivant (voir ici).

Quant aux transhumanistes, qui détestent la guenille charnelle, ils préfèrent attendre le téléchargement du cerveau sur disque dur.

L’article de NatureCerveaux de porc – Nature

L’université catholique de Lille mise sur le transhumanisme

David Doat est maître de conférences en philosophie à l’université catholique de Lille, titulaire de la chaire Ethique, Technologie & transhumanismes. Il ne lésine pas pour se faire une place dans le nouveau champ disciplinaire qu’offre aux universitaires le programme transhumaniste. Il lance un nouvel appel à communication ce printemps et organise un colloque international cet été.

Appel à communications : l’homme augmenté en Europe, rêve et cauchemar de l’entre-deux-guerres

Présentation :

Le transhumanisme contemporain, né à la fin du XXe siècle, est souvent rapproché de précédents soit par les transhumanistes eux-mêmes, soit par les observateurs, critiques ou non. La période d’entre-deux-guerres concentre les filiations. Il peut s’agir de penseurs comme Julian Huxley, John Haldane ou Jean Coutrot. Il peut s’agir aussi de courants de pensée comme l’eugénisme considéré dans sa diversité. Doit-on théoriser là un proto-transhumanisme (Bostrom) ? En effet, pour Bostrom l’entre-deux-guerres porterait en germe, dans la pensée de nombre d’intellectuels de l’époque, toutes les caractéristiques du transhumanisme contemporain. Au contraire, pour nombre de critiques du transhumanisme, celui-ci ne serait qu’une reformulation de la pensée eugéniste de l’époque, et de ses aberrations. Ces rapprochements servent bien souvent des vues partisanes et n’aident pas forcément à y voir clair. Ils se confrontent à trois écueils : celui de réduire les filiations du transhumanisme à la généalogie d’une occurrence en se contentant de recenser celles et ceux qui en ont employé le terme, sans tenir compte qu’un mot ne dit pas tout ni toujours la même chose ; celui d’élargir indéfiniment le transhumanisme en y intégrant toutes les idées « progressistes », « technicistes », « futuristes » ou les imaginaires technologiques d’une époque, au risque de perdre finalement l’objet dans une nuit où toutes les vaches sont noires ; enfin, celui de rechercher dans le passé des conceptions actuelles du transhumanisme, et d’en interpréter les sources pour y découvrir les signes de présence de ce qu’on y projette.
Il semble cependant que s’immerger dans l’entre-deux-guerres permettrait de clarifier la réflexion. En effet, nombre de penseurs de l’époque, dans l’espace européen, ont porté le vœu d’élever l’homme au-delà de sa condition « naturelle » par différentes techniques, que celles-ci modifient les comportements, les corps, ou les aspirations humaines. Entre les deux guerres, des débats ont lieu un peu partout en Europe (France, Angleterre, Italie, Russie, Allemagne, Espagne…). Des intellectuels, des scientifiques, des industriels et politiques concourent à l’élaboration de discours qui configurent différemment les rapports entre le politique et le technologique. Certains mouvements ont déjà été bien balisés et étudiés. On y compte, entre autres, un certain nombre de régimes totalitaires qui visent, par la coercition politique, l’avènement d’un « homme nouveau » né de la refonte des structures sociales, économiques et culturelles de la nation. Les tenants de la pensée eugénique défendent pour leur part une configuration  biopolitique (qui peut être aussi totalitaire), où la technologie et la politique s’absorbent mutuellement dans une mission de contrôle des naissances et de l’hérédité à des fins d’amélioration des populations. A ces deux premiers types de discours s’en rajoute un troisième, d’ordre capitaliste et technocratique, qui voit dans la rationalisation des politiques publiques, la gestion ingénieuriale des institutions et la diffusion des technologies au sein de l’espace social, les moyens privilégiés de la résolution des problèmes humains et d’une forme nouvelle d’épanouissement humain.
Au regard de cette première ébauche d’une typologie des régimes de pensée de l’entre-deux-guerres, rien ne permet a priori de conclure que l’époque portait en ses germes tous les traits du transhumanisme actuel, ou que ce dernier ait procédé de l’un de ces courants d’idées à l’exclusion des autres. Cette incertitude historique demande de réinterroger les sources du transhumanisme, à l’écart des écueils mentionnés plus haut : l’homme augmenté du transhumanisme serait-il né à l’occasion de rencontres entre penseurs de l’homme nouveau (systèmes totalitaires), de l’homme sélectionné (pensée eugénique) ou de l’homme domestiqué par la technique (régime technocratique) ? Si tel est bien le cas, pourrait-on isoler ces rencontres, et retracer l’histoire des idées auxquelles elles ont donné naissance ? A moins que l’histoire des idées de l’entre-deux deux-guerres puisse permettre d’isoler l’apparition d’un courant d’idées qui ne procède pas des idéologies modernes de l’homme nouveau, de l’homme sélectionné ou de l’homme domestiqué – bien qu’il leur fut contemporain et en fut inévitablement marqué.  Mais quels seraient les représentants historiques de ce courant et leurs interactions avec les autres intellectuels de leur époque ? Quels seraient les traits distinctifs, les sources et la nature d’un tel mouvement transhumaniste sur la période étudiée, si tant est qu’il puisse se distinguer des autres imaginaires anthropologiques de l’époque ? Si nous formulons l’hypothèse que certains travaux de Jean Coutrot, de John Haldane ou de Julian Huxley pourraient être considérés comme les précurseurs d’un tel mouvement de pensée (lequel n’aurait peut-être que peu de ressemblance avec nos représentations présentes du transhumanisme), d’autres voix au plan européen ont pu contribuer à l’avènement d’une telle voie. Elles formeraient l’étoffe d’un réseau continental plus large qui demande encore d’être éclairci par l’analyse historique et philosophique.
Nous nous proposons d’ouvrir ce dossier par une enquête comparative entre les différents contextes européens. Cette enquête devra s’attacher à définir clairement les types de projets sur l’homme élaborés dans l’entre-deux-guerres, leur nature, le sens des mots mobilisés par les discours qui se sont approprié cette question sur le continent européen. L’enquête proposée doit porter sur la circulation des idées, des réseaux et des échanges humains qui les ont rendu possibles. Elle aura pour objectif, d’une part, de détailler et de discuter l’hypothèse de l’émergence d’un courant de pensée « transhumaniste » dans l’entre-deux-guerres et d’autre part d’en isoler les significations par rapport aux transhumanismes contemporains, quitte à en proposer une autre dénomination si nécessaire. L’enquête doit permettre d’autre part  de baliser des critères d’identification  d’un transhumanisme de l’entre-deux-guerres, en laissant ouverte la porte aux interrogations sur la nature de l’objet étudié : idée mobilisatrice, courant de pensée, école, imaginaire sociotechnique.

Soumettre un abstract
Les abstracts (500 mots maximum) peuvent nous être envoyés, en français comme en anglais, sous format MS Word à : franck.damour@univ-catholille.fr
Nous vous demandons de nommer et soumettre votre abstract de la manière suivante :
Soumission : Prénom Nom. docx (ou.doc) /.pdf   (Exemple : « Soumission : MaryAndy.docx »)

Echéances
Les abstracts peuvent être soumis jusqu’au 25 juin 2019.
Les notifications d’acceptation seront communiquées le 20 juillet 2019 au plus tard aux auteurs.
Les auteurs dont l’abstract est accepté recevront toutes les informations nécessaires à leur venue.

Comité d’organisation
• Franck Damour, Université Catholique de Lille, France
• Olivier Dard, Sorbonne Université, LABEX EHNE, France
• David Doat, Université Catholique de Lille, France

Comité scientifique
• Francesco Paolo Adorno, Università degli studi di Salerno, Italie
• Jenny Andersson, Sciences Po Paris, France
• Stéphane Cormier, Université de Bordeaux, France
• Fabien Ferri, Université de Franche-Comté, France
• Jean-Yves Goffi, Université Grenoble Alpes, France
• Hélène Machinal, Université de Bretagne Occidentale, France
• Barbara Meazzi, Université Côte d’Azur, France
• Alexandre Moatti, Université Paris-Diderot, France

Le rêve transhumaniste de Renan (en attendant la conférence du 11 janvier à Grenoble)

Découvrons le rêve de Renan, écrivain, philosophe et historien (1823-1892), idole et idéologue de la Troisième République (auteur entre autres du fameux Qu’est-ce qu’une nation) :

« L’humanité inférieure, dans une telle hypothèse, serait bientôt matée par l’évidence, et l’idée même de la révolte disparaîtrait. La vérité sera un jour la force. « Savoir, c’est pouvoir » est le plus beau mot qu’on ait dit. L’ignorant verra les effets et croira ; la théorie se vérifiera par ses applications. Une théorie d’où sortiront des machines terribles, domptant et subjuguant tout, prouvera sa vérité d’une façon irrécusable. Les forces de l’humanité seraient ainsi concentrées en un très petit nombre de mains, et deviendraient la propriété d’une ligue capable de disposer même de l’existence de la planète et de terroriser par cette menace le monde tout entier. Le jour, en effet, où quelques privilégiés de la raison possèderaient le moyen de détruire la planète, leur souveraineté serait créée ; ces privilégiés régneraient par la terreur absolue, puisqu’ils auraient en leurs mains l’existence de tous ; on peut presque dire qu’ils seraient dieux… » (E. Renan, Troisième dialogue philosophique, 1876)

« Une large application des découvertes de la physiologie et du principe de sélection pourrait amener la création d’une race supérieure, ayant son droit de gouverner, non seulement dans sa science, mais dans la supériorité même de son sang, de son cerveau et de ses nerfs. Ce seraient là des espèces de dieux ou de dévas, êtres décuples en valeur de ce que nous sommes, qui pourraient être viables dans des milieux artificiels. La nature ne fait rien que de viable dans les conditions générales (…) C’est à la science à prendre l’œuvre au point où la nature l’a laissée. (…) De même que l’humanité est sortie de l’animalité, ainsi la divinité sortirait de l’humanité. Il y aurait des êtres qui se serviraient de l’homme comme l’homme se sert des animaux. » (E. Renan, Troisième dialogue philosophique, 1876)

Cité dans Leurre et malheur du transhumanisme par Olivier Rey (Desclée de Brouwer, 2018).

Renan s’inscrit dans la lignée des penseurs et prophètes de “l’Homme supérieur”, de la Mésopotamie et de l’Ancien Testament aux transhumanistes contemporains qui, eux, disposent des moyens matériels et des machines pour faire advenir ce rêve qui est notre cauchemar.

Nous en débattrons, entre autres, le vendredi 11 janvier 2019 :

Conférence-débat : “Transhumanisme, voulons-nous devenir des hommes-machines ?”

Avec Olivier Rey, Pièces et main d’œuvre et Jo Briant.

Maison des Associations de Grenoble (6 rue Berthe-de-Boissieux)
Apéro et librairie dès 18h30
Conférence à 19h30