Des lecteurs nous écrivent : « Non à l’Espace numérique de santé ! » (suite)

Nécrotechnologies.

par Pièces et main d’œuvre.

Le 12 janvier dernier, nous avons alerté nos lecteurs sur la dernière avancée de la cyberpolice. Vous savez : l’organisation cybernétique de la cité (polis) et le pilotage centralisé du cheptel humain par la technocratie, au moyen de sa machinerie numérique.
Cette fois, il s’agit de nous enrôler dans l’« Espace numérique de santé », afin de virtualiser, automatiser et déshumaniser nos rapports aux médecins, au « système de santé », à notre propre santé.

Pour rappel : ces jours-ci, l’Assurance maladie vous prévient qu’elle ouvre d’office votre « coffre-fort numérique » (sic), incluant votre dossier médical partagé et d’autres cyber-fonctionnalités épastrouillantes. Faute de refus explicite de votre part, elle vous force la main (voir ici).

Nos lecteurs, qui refusent le pillage automatique de leurs données médicales et la dépossession de leur santé, ont donc tenté de s’opposer à ce coup de force, en téléphonant comme indiqué au 3422.
« Une opératrice tout à fait charmante, un humain un vrai ! m’a informée que le site pour refuser la « création de l’espace santé » était en maintenance depuis vendredi ! c’est ballot… », nous écrit une Bretonne, à qui la dame de la Sécu confirme qu’il ne faut PAS envoyer de courrier postal, qui n’arrivera jamais à destination.
Une autre Bretonne : « Je n’ai pas encore réussi à le faire par téléphone. Vendredi dernier le site était « en carafe »… Cet après-midi, j’ai fini par raccrocher après 25 mn d’attente. » Jetant un œil sur le site Internet de la Sécu (ameli.fr), elle nous instruit : « Il est dit qu’il sera toujours possible de fermer cet espace de collecte, mais rien ne précise l’effacement intégral de ce qui a pu y être entré ». Méfiantes, nos lectrices. Elles ont raison, on leur a déjà fait le coup avec Linky, le QR code vaccinal et toute la société connectée.

Un lecteur des Hautes-Alpes tente sa chance mardi 25 janvier : « « Notre service est exceptionnellement fermé pour cause d’incident technique »… C’était déjà la même réponse vendredi dernier… », constate-t-il.

Soit notre alerte a provoqué un embouteillage, soit l’Assurance maladie tente d’étouffer les refus : impossible de refuser « l’espace numérique de santé » par téléphone ces jours-ci. Il faudra donc insister, jusqu’à obtenir satisfaction.

Un ami cévenol rapporte : « Il y a 18 mois, ma mère étant en Ehpad, cette administration me propose d’engager pour elle le fameux DMP (Dossier médical partagé). Je refuse (acte papier dûment signé). A son décès je m’aperçois qu’il avait été (le DMP) quand même ouvert ! »

Parenthèse pour comprendre ces méthodes de voyou. Le projet de dossier médical en ligne remonte à deux décennies. Des déboires à rebondissements ont fait de lui « le fiasco le plus retentissant de la politique de santé de ces 20 dernières années », selon le Quotidien du Médecin (10/12/21), au point de devenir un repoussoir pour les médecins. Il a été relancé par une technocrate efficace en affaires, Marisol Touraine, ministre de François Hollande, qui a ouvert l’accès aux données de santé avec la « loi de modernisation du système de santé » de janvier 2016. L’état du système de santé en 2022 le rappelle aux gogos du progrès : modernisation ne signifie pas amélioration. On dirait plutôt l’inverse. Bref.

En novembre 2018, la ministre Agnès Buzyn annonce la généralisation du DMP, avec un objectif de 40 millions en 2023. Pour y parvenir, la Caisse nationale de l’assurance maladie et les Agences régionales de santé doivent inciter les établissements médico-sociaux à ouvrir des dossiers pour leurs patients – plus fragiles et plus enclins à obéir à l’administration qui les prend en charge. A coup de financements publics pour acheter ou mettre à jour les logiciels indispensables.

Résultat : sur moins de 10 millions de dossiers virtuels ouverts début 2021, la plupart l’étaient dans les Ehpad (parfois contre l’avis des familles) ; les autres DMP (de patients hors établissements) restant souvent délaissés – et tant mieux. Les Français ne tiennent pas à mettre en ligne leur dossier médical. Qu’à cela ne tienne, la technocratie passe à l’ouverture automatique d’un « espace numérique de santé » (incluant le dossier médical partagé) début 2022. Avec deux leviers de pression : contraindre les usagers à formuler explicitement leur refus, et payer les médecins qui ouvrent des DMP pour leurs patients. « Nous allouons 110 millions d’euros aux médecins traitants pour le remplissage du volet de synthèse médicale de leurs patients […] », se félicite Marguerite Cazeneuve, directrice déléguée à la gestion et l’organisation des soins de la Cnam. « 1500 € si le médecin remplit cette synthèse médicale pour 50 % de ses patients en ALD (NdR : affection de longue durée) ; 3000 € s’il le fait pour 90 % de cette patientèle. A cela s’ajoute un bonus de 20 % si les données sont versées en format structuré […] » (Le Quotidien du Médecin).

Les médecins du syndicat de la médecine générale (SMG) ne se réjouissent pas de cette numérisation. Ils ont publié le 18 janvier un communiqué dénonçant la création de l’espace numérique de santé et appelant à « refuser son activation » (voir ici).

L’une des adhérentes du syndicat nous écrit : « Sachez que tous les documents médicaux (comptes rendus d’hospitalisation, résultats de laboratoire ou d’imagerie, etc.) ont vocation à être intégrés « automatiquement », par chaque logiciel métier ». Des logiciels agréés par la Haute autorité de santé et financés par le « Ségur du numérique en santé » (2 milliards d’euros, dont 1,4 milliard pour le partage des données de santé) : si le cabinet médical n’est pas équipé d’un logiciel agréé, pas de prime.
« Le montant de la prime dépend de la taille de la patientèle et de l’atteinte des autres objectifs, donc varie selon les médecins », explique notre interlocutrice, qui nous rappelle aussi que « l’Assurance maladie/le ministère avaient décidé de payer les médecins « au patient » pour chaque cas contact entré dans le fichier Contactcovid ».

A propos de bizeness, c’est Atos qui est chargé de réaliser, d’héberger et d’exploiter l’Espace numérique de santé (montant initial, destiné à augmenter : 156 millions d’euros TTC). L’ancienne boîte du commissaire européen au marché intérieur et au numérique, Thierry Breton, rafle décidément beaucoup de marchés de la smart planet. Elle a aussi développé le système d’information des capteurs communicants Linky.
Quelle que soit la question, la technocratie n’a qu’une seule réponse : toujours plus de technologie.

Nous, les humains qui ne voulons pas devenir des numéros pilotés par la machinerie cybernétique, pouvons refuser de confier nos vie à des processus automates : insistons auprès du 3422 pour interdire la création d’un « espace numérique de santé », jusqu’à obtenir satisfaction.

Merci de continuer à nous tenir informés du résultat de vos démarches. Et surtout, si vous avez des idées pour bloquer cette nouvelle extension de la cyberpolice, n’hésitez pas à nous en faire part, on fera circuler.

Lire aussi : Dites « Non ! » – « Espace numérique de santé » : comment refuser le pillage automatisé de vos données