J’ai arpenté la Silicon Valley

Voici un reportage exclusif de notre envoyée spéciale dans la Silicon Valley, Annie 2.0.

Qui veut saisir le cours du capitalisme à l’ère technologique doit suivre la méthode de Marx :
« Le physicien, pour se rendre compte des procédés de la nature, ou bien étudie les phénomènes lorsqu’ils se présentent sous la forme la plus accusée, et la moins obscurcie par des influences perturbatrices, ou bien il expérimente dans des conditions qui assurent autant que possible la régularité de leur marche. J’étudie dans cet ouvrage le mode de production capitaliste et les rapports de production et d’échange qui lui correspondent. L’Angleterre est le lieu classique de cette production. Voilà pourquoi j’emprunte à ce pays les faits et les exemples principaux qui servent d’illustration au développement de mes théories. » (Préface de la première édition du Capital, 1867)

La Silicon Valley est aujourd’hui ce lieu classique du mode de production et des rapports de production et d’échange qui lui correspondent. Celui-ci produit d’abord son propre monde, avant de révolutionner l’ensemble des rapports sociaux dans le monde entier pour les formater à l’American way of life. Start-up, Internet, technologies convergentes (NBIC), GAFA (Google, Apple, Facebook, Amazon), transhumanisme, etc. Partout en France et dans le monde, des « Silicon Valleys » reproduisent le modèle original avec sa révolution numérique et sa creative class ; chercheurs, ingénieurs, techniciens, cadres. C’est-à-dire la technocratie, la classe de l’expertise et de l’efficacité maximale qui forme avec les actionnaires et les investisseurs (le capital), un alliage indissoluble.

Ainsi les idées que nous produisons là-dessus – nous, PMO – ne tombent pas du ciel ni des livres, mais découlent de l’enquête que nous menons depuis quinze ans à partir de la technopole grenobloise. De la technopole, on extrapole. D’où les liens multiples que nous avons établis à maintes reprises entre la Silicon Valley et la cuvette grenobloise – le « laboratoire grenoblois », la mère de toutes les technopoles en France. (1) Tant mieux si cela percole enfin dans les cervelles les plus étanches. Peut-être lirons-nous des critiques du capitalisme numérique et technologique auquel MM. Hollande, Valls et Macron adaptent la France à marche forcée – à coup de French tech et d’« économie du partage » – au lieu du énième radotage des intangibles et éternelles vérités découvertes au XIXe siècle par les critiques du capitalisme à vapeur.

« J’ai arpenté la Silicon Valley » est notre deuxième reportage virtuel (cf. « J’ai visité Smart City » par Tom 2.0). La méthode est si bien adaptée à son objet, et si bien employée par l’auteur qu’on reste un peu soufflé par son réalisme. Par la quantité et la densité de faits et d’informations recueillis, par le traitement acide et candide qui en est fait. Voilà pour le coup un reportage beaucoup moins bidonné que les pauvretés produites à la va-vite par des esbroufeurs, entre deux avions.

Annie 2.0 est l’avatar d’Annie Gouilleux, traductrice de Lewis Mumford, un auteur critique de la société industrielle (Art et technique, Editions La Roue & La Lenteur). Elle travaille actuellement sur Le Mythe de la machine.

Lire le reportage : J’ai arpenté la Silicon Valley


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Service compris
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NOTES
(1) cf. :
In their own words. Le parallèle entre le Grésivaudan et la Silicon Valley par ceux-là mêmes qui l’ont commis (9 janvier 2003) ;

Quel éléphant irréfutable dans le magasin de porcelaine ? (Sur la gauche sociétale-libérale) (24 avril 2014)